lundi 26 septembre 2016

Y vagabonder en ordre dispersé – Fragment #8

 

                                Fildefériste

Sur la corde, raide.
Planté sur le faîte du toit rouille.
De part et d’autre de la branche oblique du plus haut cerisier, des jambes nues se balancent.
Un pied sur l’échelle,
le vide à gauche, le vide à droite. Ligne de vie incertaine.

Une falaise crayeuse, la face Nord d’une montagne. La flèche du clocher, balcon étroit.
Rien devant, la terre derrière. Rien dessous, la roche devant. Des éboulis, le vertige,
le tonnerre au loin, des éclairs, l’irrésistible caresse du vent dans mes cheveux.

Pas de pluie,
pas encore.

Une enveloppe cachetée. Un rendez-vous douteux, un ciel neige, avis de tempête.
Une main dessous son chemisier noir, son épaule dégagée. Le goût débutant d’une bouche.
Quai de gare, station-service, aéroport. Titre d’un livre, première écoute d’une chanson, dernier paragraphe du roman. Escalier en colimaçon, pièce sombre, vieille malle.
En retard, tenter le raccourci et couper à travers prés.
L’agitation d’une salle derrière un rideau à l’italienne habillé de velours écru (il aurait été conçu par Luigi Santangelo me dit-elle, je lui avoue que je ne connais pas cet homme, elle sourit, admet qu’il n’existe pas vraiment, je l’embrasse). Leurs paroles dans la pièce d’à côté,
ils parlent de nous.
Une voiture provoque le crépitement des graviers. Ce visage ne m’est pas inconnu.
Une interpellation. Ils,
qui m’attendent. Lui,
qui s’impatiente. Elle qui fait semblant de ne pas m’apercevoir.

Que j’aime ces moments ! Chaque moment qui fait l’instant d’avant. L’instant juste avant.
Juste avant, lorsqu’étourdit l’ivresse de l’équilibre. Errant équilibre, le déséquilibre de
l’instant. D’avant.


L’après est un serré brouillard.


(Illustration par behance.net)

mardi 20 septembre 2016

Y vagabonder en ordre dispersé – Fragment #7



                                Feu de bois vert

une langueur perce   creux de vague   vallée sourde qui s’étire en goulet
pluie de gras sel   boue pendue aux bottes   forêt noire de bielle
bas-fond de vague au large d’une mer faible
une langueur attise   courant d’air et perfore un bâtiment vide
le silence aboie d’une haute nef   un vêtement colle/humide à la peau
sonne la musique d’un piano désaccordant   fraise-de-début-mars
une langueur coule   tristesse brève de larmes   une rage-sage   douleur saine
et sauve
volet de laine emmêlée
livre qui claque
pelote écrite en trop petits caractères
une langueur flue le plip-plip-plop d’une horloge

pont sans rivière
+ dessert mou
= tentative fumeuse de faire un feu de bois vert

une langueur est un é cart  une per?turbation u n dérégl age minime – cette réalité que l’on voudrait autre
une (ma) langueur est celle d’une âme passagèrement insensible à son monde


(Illustration par pokebip.com)

samedi 17 septembre 2016

Y vagabonder en ordre dispersé – Fragment #6



                                Voyant

elle me vient le jour et plus tard   la nuit
elle me vient lorsque je marche   lorsque je fume   dans la forêt   sur ma terrasse
quand je dors elle me vient

lorsque j'écris   lorsque j'ai fini d'écrire
puisque je me hâte   dès lors que je m’interromps
au moment des silences
parce que je parle elle me vient

elle me vient si j’oublie   si je pense à tout autre chose   en musique   sous la douche   aux arrière-plans des lumières   à l’extrémité d’une ombre
je me rappelle
cette allure   un embrasement   ce goutte-à-goutte
une ligne
elle me vient dès que je la quitte

elle me vient bien avant que je puisse l’épeler
et comme elle vient
je l’attendais



(Illustration par Son Lux)