Je, d'un accident ou d'amour




JE, D’UN ACCIDENT OU D’AMOUR

Collection Grise
Cheyne éditeur, 2014

Préface par Antoine Wauters

C’est à l’écoute de "Prendre corps", poème de Ghérasim Luca mis en musique et interprété par Arthur H, que Loïc Demey se lance dans l’écriture de Je, d’un accident ou d’amour.

De Ghérasim Luca, il garde l’idée d’omettre les verbes, qu’ils soient conjugués ou à l’infinitif, et de les troquer pour des noms, des adjectifs ou des adverbes. Pour le reste, on comprend rapidement que le procédé de Luca est ici mis au service d’un autre dispositif, à la fois personnel et espiègle, qui tient autant de la poésie que de la nouvelle, voire du roman. Car le projet de Loïc Demey, dont c’est ici la toute première publication, est bel et bien de raconter une histoire, et plus précisément de nous faire vivre, en seize chapitres aussi courts que décoiffants, la fulgurance d’une rencontre. Une rencontre entre Adèle et Hadrien, jeunes trentenaires parisiens.

Sur l’histoire en elle-même je n’en dirai pas plus. Ce que j’aimerais en revanche souligner, et qui m’a immédiatement séduit, est le fait que Loïc Demey nous invite, nous lecteurs, à lire entre les lignes, à investir cette langue afin de la recomposer à notre manière, en nous laissant griser, surprendre et amuser par la vision du monde d’un narrateur fou, totalement chamboulé depuis qu’il a croisé Adèle au jardin du Luxembourg.

« Plus rien d’importance depuis cette fille sur une chaise verte du jardin du Luxembourg, voiliers miniatures et lecture de poche. Instinctivement, je pas vers elle et lui paroles futiles. Le soleil d’abord, la chaleur ensuite. »

La langue, c’est clair, a subi une explosion. Opération d’amour. Et ce sera donc à nous d’en recoller les morceaux. (…)

« Adèle se robe rouge et talons à l’affût sur le fauteuil. Je me serviette, elle se debout et m’autour du cou. »
Je me chancelant, je me trac. Elle me chuchotements d’amour à l’oreille.

Alors c’est vrai, écrire une histoire d’amour aujourd’hui, c’était osé. On aurait pu tomber dans quelque chose de gentiment « fleur bleue ». Sauf qu’à la place, ce livre nous rappelle, si besoin en est, ce que module en nous l’amour, comme soudain ça soulève et comme soudain ça pulse. Aimer, quand tout le reste se délite à la vitesse V, et si c’était ça, aujourd’hui – poétiquement, politiquement – l’acte absolu ?

L’aventure commence maintenant.